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Interview de Charles Tordjman, metteur en scène du spectacle « La plus précieuse des marchandises », le 12 et 13 janvier au Escher Theater

Quelle a été votre réaction, vous qui connaissez si bien Jean-Claude Grumberg, à la première lecture de ce texte ?
Lorsque j’ai commencé à lire «La plus précieuse des marchandises», c’était dans un autobus. Jean-Claude venait de me donner un exemplaire du livre sorti tout chaud de l’imprimerie des éditions du Seuil. J’ai ouvert négligemment le livre en me promettant de le lire chez moi. Allez savoir pourquoi, j’ai commencé les premières lignes, puis fini la première page et la seconde et ainsi de suite. Au bout de 50 minutes, une main est venue tapoter mon épaule. C’était le chauffeur de l’autobus qui m’avertissait avec douceur que nous étions arrivés au terminus. J’avais juste fini la lecture. J’étais bouleversé. (…)

Pour vous, s’agit-il d’un conte, d’une fable, d’un poème ?
(…) Il s’agit bien d’un conte, puisqu’il y a une bûcheronne et un bûcheron affamés, vivant dans une sombre forêt, entourés de personnages hostiles, il y a la terreur d’un train dont on ne sait d’où il vient, ni où il va semant des messages sur son passage… Mais le conte rend pourtant compte de faits réels, de personnages réels, d’une catastrophe réelle. Non, la réalité n’existe pas, nous dit Jean-Claude, cela n’existe pas, c’est une fiction. Et c’est cela qui nous bouleverse, cette façon de refouler l’histoire. Et ce refoulement, ce déni, nous serre la gorge parce que nous savons.

Comment représenterez-vous les lieux du conte ? La forêt, le train, la cabane des bûcherons ? La neige ?
Il n’y aura ni vraie forêt, ni vrai train, ni cabane. Ce qui demeurera, c’est la peur, la terreur même. Je sais que le père de Jean-Claude, mort à Auschwitz, était tailleur, et qu’avant d’être Grumberg, Jean-Claude aussi était tailleur. Dans un espace faisant allusion à une architecture industrielle délaissée, nous poserons quelques machines à coudre musicales, qui a elles seules diront les peurs soudaines d’un train traversant une forêt, ou les violences exercées sur des corps.

Travaillez-vous avec Grumberg à l’adaptation du texte ?
Jean-Claude m’a laissé libre d’adapter comme je le voulais son récit. Mais comme ce récit est un conte, il lui ira bien d’être conté comme on le fait à des enfants en n’omettant rien de sa capacité à faire sourire, à faire peur, à hausser la voix, à chuchoter… (…) Et comme l’histoire est effrayante, nous convoquerons les ombres, les sons aigus, les frayeurs, tout en sachant que nous pouvons nous faire plaisir dans l’exercice, puisque Jean-Claude nous dit que rien n’est vrai de tout cela.

Propos recueillis par Pierre Notte

 

 

„Monsieur X“ de Mathilda May avec Pierre Richard

Pierre Richard endosse le rôle de Monsieur X dans un spectacle conçu pour lui par Mathilda May. Dans la lignée de Buster Keaton ou de Charlie Chaplin, le comédien renoue avec un genre qu’il affectionne particulièrement : le burlesque sans paroles.

Comment est né ce « solo visuel » écrit pour vous par Mathilda May ?
Pierre Richard : Nous ne nous connaissions pas. Je suis allé voir ses deux spectacles et je lui ai dit tout le bien que j’en pensais. Son univers est un peu le mien, évidemment. Peut-être un mois après, elle m’a appelé, nous avons pris un verre ensemble et elle m’a exprimé son envie de faire un spectacle avec moi. Au début, j’ai cru qu’elle voulait m’inclure dans sa compagnie mais elle a précisé que je serais seul en scène dans un spectacle écrit et mis en scène par elle. La dizaine de pages qu’elle m’a fait lire m’ont tout de suite séduit. J’ai dit oui, c’était une évidence.

Qui est ce Monsieur X que vous interprétez ?
P.R. : C’est un personnage qui vit tout seul dans son appartement, une grande pièce où il n’est finalement pas si seul que cela. Il est en contact permanent avec ses objets qui sont des amis ou des ennemis, non pas indomptables mais avec qui il se querelle. Et il est en contact avec le tableau qu’il peint : une dame dans une forêt. Cette dame est au fond sa créature, sa compagne – picturale, certes mais quand même. Le spectacle est ainsi fait des petites choses du quotidien qui prennent parfois tout à coup des envolées complètement surréalistes. On passe souvent de la réalité au rêve.

Comment aborde-t-on un rôle muet ? Est-ce que tout était déjà écrit par Mathilda May ?
P.R. : Oui même si depuis que les répétitions ont commencé, nous ne nous interdisons pas de rebondir sur l’écriture si nous trouvons plus drôle ou plus émouvant. Ce sont les actions qui sont écrites, je n’ai pas à me souvenir du texte mais de ce que je fais et surtout de comment je vais le faire. Cela pose souvent de réels problèmes mais j’ai toujours été beaucoup plus proche de la gestuelle que du texte. Dans mes premiers films, qui étaient burlesques, si j’ai ajouté des paroles, c’est parce que je ne pouvais pas faire au XXe siècle les films muets de Chaplin ou Keaton. Il n’en reste pas moins que j’ai toujours eu tendance à raconter une histoire avec ma propre gestuelle, qui est très personnelle, plutôt qu’avec des dialogues. On peut très bien exprimer les choses avec ses yeux, ses jambes, ses bras, sans avoir à parler. De ce point de vue, nous sommes totalement complémentaires avec Mathilda May.

Est-ce dû à des filiations communes ?
P.R. : Probablement. La première fois que je l’ai rencontrée, après Open Space, elle m’a dit : « Il y a trois personnes qui m’ont inspirée : Chaplin, Tati et vous ! » Le compliment n’était pas mince. Elle a les mêmes inspirations, les mêmes goûts que moi pour le burlesque ou le burlesque poétique.

Propos recueillis par Isabelle Stibbe, Article du Journal La Terrasse

François Morel jongle avec les mots de Raymond Devos

Avec « J’ai des doutes », l’imaginatif fantaisiste propose un hommage musical et tendre au maître de l’absurde, le 22 octobre au Escher Theater.

« Raymond Devos, Mesdames et Messieurs, est un miracle qui est apparu, singulier, sur la scène du music-hall français. Il ne ressemblait à personne. Personne, plus jamais, ne lui ressemblera. C’est comme ça. Il faut se faire une raison. Même si on n’est pas obligé… de se faire une raison. Il est plus opportun en évoquant Devos de se faire une folie. Un grain de folie capable d’enrayer la mécanique bien huilée de la logique, de la réalité, du quotidien ! Ceux qui l’ont vu s’en souviennent : Raymond Devos fut un phénomène rare. Comme les arcs-en-ciel de feu circulaire, comme les colonnes de lumière, comme les vents d’incendie, comme les nuages lenticulaires, il a surgi, miraculeux et mystérieux, derrière un rideau rouge qui s’ouvrait sur l’imaginaire. On n’avait jamais vu ça ! Et, devant cet homme en apesanteur, on avait le souffle coupé. » François Morel

 

Den Escher Theater well nees politesche Cabaret op der Bün.

E Comptoir, e méi oder manner gutt gelaunte Wiert, an déi ënnerschiddlechst Clienten déi sech iwwer Gott, d’Regierung an d’Welt opreegen – dat alles op der Escher Bün.

„Si mer nach ze retten?“ froen sech de Claude Faber, de Roll Gelhausen, de Francis Kirps, d’Christiane Kremer, de Clod Thomes, de Pit Puth an de Jay Schiltz an dësem labbere Cabaretsowend, an déi Fro geet wäit iwwer de Covid-19 eraus. Si betrëfft déi ganz Mënschheet, déi hir Liewensanerweis an hier Konsumgewunnechte misste radikal veränneren, fir d’Klimakris an de Grëff ze kréien. Si betrëfft eise Mateneen, deen dacks duerch Frust an Abgaascht verpescht gëtt an esou déi fundamental Empathie mam Aneren – dem Frontalier, dem Flüchtlingen, dem Netlëtzebuerger – futti mécht.

D’Direktesch Carole Lorang huet dësem ekleteschen Ensembel vun Auteuren (an enger Autesch) a SchauspillerInnen den Optrag ginn, sech reegelméisseg mat Lëtzebuerg an de Lëtzebuerger ofzeginn. An esou geet et, mat engem Glas Riesling oder engem Béier an der Hand, ëm Klimaplang a Päischtcroisière, politesch Korrektheet an Immigratiounspolitik, em Suffragetten a Majoretten, em gratis Transport, Fridays for future, Logementspräisser a Gaardenhaisercher, Biobuttek a Konsumgesellschaft, Toilettëpabeier an E-Zigaretten. „Si mer nach ze retten?“ froe si. An äntwerten enner aanerem: „Du kanns net dem Thermometer d’Schold gi wann s de Féiwer hues!“

 

Un spectacle de danse explosif et poétique pour ouvrir la saison du Escher Theater.

A ceux qui pensaient le hip-hop comme une mode passagère, appelé à disparaître du paysage chorégraphique dès que les banlieusards auraient rangé leurs cartons, Roots, la récente pièce de Kader Attou, directeur depuis 2008 du Centre chorégraphique national (CCN) de La Rochelle, offre une leçon de ténacité. Et fait le tour de la question. Même dans ses premiers spectacles, plus fragiles, on reconnaissait de suite chez le chorégraphe un sens de la composition et surtout une manière de mettre en relation les danseurs dans un espace de complicité, de recueillement. Les onze qui portent Roots, plus Kader Attou, forment une sorte de chorale d’où émergent des individus, tous aussi intéressants les uns que les autres, car chacun a son style, son physique, ses particularités techniques. Tous, ici, signent leur propre hip-hop et la pièce, pleine de surprises, pourrait s’achever par un free style plus débridé encore. Et sinon, que du bonheur.

Les tableaux astucieusement fabriqués, comme celui d’un radeau de la méduse, qui tiennent parfois sur une jambe, une seule main, sont si élégants qu’ils viennent justement rappeler que le hip-hop n’est pas que question de musculature mais surtout d’équilibre. Tout est raffiné, des touchers à un solo d’ouverture nostalgique dans un fauteuil bancal, d’un morceau de claquettes aérien sur une table à des scorpions tressautants… Les figures de base, que Kader Attou n’a pas fait disparaître de son vocabulaire, mais qu’il lie dans une syntaxe parfaite, retrouvent toute leur vigueur. Roots n’est pas une pièce nostalgique mais une danse pour demain, où les rapports entre hommes (car le spectacle est uniquement masculin) trouvent une nouvelle nature, une façon d’être ensemble sans se faire mal et, si possible, en s’amusant. Le chorégraphe se joue aussi de lui-même en s’autocitant avec beaucoup d’humour. Roots est un vrai show, sans esbroufe. Le public est debout. Pas étonnant que ledit show parte en tournée de 90 dates..

Article de Marie-Christine Vernay, paru dans Libération le 27 septembre 2013

Axe et son théâtre de l’absurde

Agnès Limbos (Gare centrale) vient du théâtre d’objet, Thierry Hellin (Une Compagnie) du théâtre de texte. Dans Axe ils testent sur scène l’alchimie de leurs deux univers.
Leurs réflexions se sont portées, entre autre, sur la notion de sacrifices ou comment certaines personnes deviennent les sacrifiés de multinationales religieuses, économiques ou politiques. Pour répondre à la déraison du monde dans laquelle l’humanité se perd, un homme et une femme entrent en scène. Si la narration se tisse entre les tableaux, c’est sans linéarité et sans logique palpable, à l’instar du théâtre de l’absurde. Quelque part, hors temps, dans un huis clos au décor bourgeois, un couple de décadents s’envoie des dialogues (en français, en anglais, en russe, en sabir…) infinis et sans queue ni tête. Le langage du corps comme celui des mots se décale, hors de notre communication «habituelle», comme un miroir de notre société en perte de sens immédiat.

« Ce sont des dirigeants, peut-être des dictateurs », précise Agnès. « Ils sont complètement paranos, ils ont peur de sortir, peur de ce qui pourrait leur arriver dehors. Peut-être qu’il y a de la neige, ou la guerre, le chaos. Peut-être qu’il n’y a plus rien. Nous avons travaillé sur certaines références historiques, comme Hitler ou le couple Ceausescu. Il est aussi beaucoup question de sacrifice dans le spectacle : l’idée de se sacrifier soi-même ou les autres pour son propre bien-être. C’est une métaphore de notre société : je pense que le rôle du théâtre est de raconter le monde, et l’ampleur du mal-être actuel. »

Propos recueillis par Estelle Spoto dans Le Vif L’Express n°34

„Histoire de la violence“, d’après Edouard Louis, adaptation et mise en scène de Laurent Hatat et Emma Gustafsson

Avec Louis Arene (Edouard), Samir M’Kirech (Reda) et Julie Moulier (Clara), Histoire de la violence (Editions du Seuil, 2016) retraverse l’autofiction polyphonique d’Edouard Louis. 

Pour quelles raisons avez-vous porté à la scène Histoire de la violence ?

L.H. : J’ai ce projet en tête quasi depuis la sortie du livre. Je connaissais alors Edouard Louis grâce à Didier Eribon, l’auteur de Retour à Reims. Je l’ai dans un premier temps laissé de côté car je ne savais pas quel langage scénique adopter pour capter toute l’amplitude et la complexité du texte. Avec des scènes de violence comme des boucles répétitives, fragmentaires, le récit provoque une sensation d’effroi. Edouard y raconte sa rencontre un soir de Noël avec Reda, Place de la République. Il le fait monter chez lui, et ce qui a commencé comme une belle histoire se termine par une agression et un viol. Le lendemain ont commencé les difficiles démarches médicales, policières et judiciaires, qui ouvrent des débats à la fois intimes, sociaux et politiques. C’est en compagnie d’Emma Gustafsson, issue de la danse contemporaine et aussi comédienne, que j’ai élaboré l’adaptation. Nous avons façonné un théâtre charnel, où parfois les mots se taisent pour laisser place au mouvement des corps.

Est-on dans un théâtre de l’incarnation ?

L.H. : Pas seulement. Divers modes de jeu s’entrelacent, avec des temporalités différentes, des narrations fragmentées, des ruptures, des moments incarnés, mais aussi réflexifs, lors desquels la pensée se livre, ce qui peut s’avérer tout aussi émouvant qu’une situation jouée. La pièce commence par une mise en abyme, lorsque Edouard derrière une porte écoute sa sœur raconter à son mari le récit qu’il lui a livré la veille, dans sa langue à elle. Nourrie de toutes ces voix, d’approches multiples, de tensions et de failles, la pièce apparaît comme un miroir brisé reflétant les désirs et les violences.

Propos recueillis par Agnès Santi, Journal La Terrasse

L’Homme à tête de chou : Gainsbourg et Bashung réunis le 3 mars au Escher Theater

Chez Max coiffeur pour hommes
Où un jour j’entrais comme
Par hasard me faire raser la couenne
Et rafraîchir les douilles
Je tombe sur cette chienne
Shampooineuse
Qui aussitôt m’aveugle par sa beauté païenne
Et ses mains savonneuses
Elle se penche et voilà ses doudounes
Comme deux rahat-loukoums
À la rose qui rebondissent sur ma nuque boum boum
Je pense à la fille du Calife
De la mille et deuxième nuit
Je sens la pointe d’un canif
Me percer le cœur je lui dis
« Petite je te sors ce soir o.k. »
Elle a d’abord un petit rire comme un hoquet
Puis sous le sirocco du séchoir
Dans mes cheveux
La petite garce laisse choir
« Je veux ».

Paroles : Serge Gainsbourg

De la définition (simple) du courage

Cambrioler une banque ne va pas sans danger ni, partant, sans courage. Ce n’est pas moral pour autant, ou du moins il faudrait des circonstances bien particulières (concernant spécialement les motivations de l’acte) pour que cela puisse le devenir. Comme vertu, au contraire, le courage suppose toujours une forme de désintéressement, d’altruisme ou de générosité. Il n’exclut pas, certes, une certaine insensibilité à la peur, voire un certain goût pour elle. Mais il ne les suppose pas nécessairement. Ce courage-là n’est pas l’absence de peur : c’est la capacité de la surmonter, quand elle est là, par une volonté plus forte et plus généreuse. Ce n’est plus (ou plus seulement) physiologie : c’est force d’âme, face au danger. Ce n’est plus une passion : c’est une vertu, et la condition de toutes. Ce n’est plus le courage des durs : c’est le courage des doux, et des héros.
(…)
La peur paralyse, et toute action, même de fuite, s’en arrache quelque peu. Le courage en triomphe, du moins il s’y essaie, et il est courageux déjà d’essayer. Quelle vertu autrement ? Quelle vie autrement ? Quel bonheur autrement ? Un homme à l’âme forte, lit-on chez Spinoza, «s’efforce de bien faire et de se tenir en joie» : confronté aux obstacles, qui sont innombrables, cet effort est le courage même.
(…)
Pour le reste il faut rappeler que le courage n’est pas le plus fort, mais le destin ou, c’est la même chose, le hasard. Le courage même en relève et y reste soumis. Pour tout homme, il y a ce qu’il peut et ce qu’il ne peut pas supporter : qu’il rencontre ou non, avant de mourir, ce qui va le briser, c’est affaire de chance au moins autant que de mérite. Les héros le savent, quand ils sont lucides : c’est ce qui les rend humbles, vis-à-vis d’eux-mêmes, et miséricordieux, vis-à-vis des autres. Toutes les vertus se tiennent, et toutes tiennent au courage.

Source :
Petit traité des grandes vertus
André Comte-Sponville
© Point, 2014

Simone Mousset, artiste associée au Escher Theater

La chorégraphe Simone Mousset a accepté d’être la première artiste associée au Théâtre d’Esch. Au fil des trois prochaines saisons, le public pourra découvrir trois de ses spectacles (dont deux créations) mais aussi participer à plusieurs projets qui lui feront découvrir la danse contemporaine.

« Je trouve chouette de voir la dynamique et les nouvelles idées qui soufflent sur le Théâtre d’Esch. Cela me motive d’être de la partie. Et puis, le courant passe bien avec la directrice Carole Lorang », confie la jeune femme qui est née à Canach mais qui a aussi des origines dans le sud du pays. « La Maison Mousset vient du côté de mon grand-père », dit-elle quand on l’interroge sur son lien avec la ville.
Mais est-ce bien vrai ? Après tout, Simone Mousset a inventé l’histoire de la création du premier Ballet national folklorique du Luxembourg par les sœurs Bal dans les années 60. Son spectacle documentaire, intitulé «Bal», était tellement bien conçu qu’il était difficile de ne pas tomber dans le panneau ! Derrière cette mystification, elle voulait soulever la question du Nation Branding. Cette première pièce d’envergure lui a valu d’être la lauréate du Lëtzebuerger Danzpräis en 2017. Elle sera recréée à Esch en 2020. On est curieux de voir le résultat, sachant que désormais le public sait à quoi s’en tenir.
Simone Mousset aime jouer avec le public pour l’emmener là où il ne pensait pas aller. La danse est pour elle « une manière de construire des mondes imaginaires qui questionnent notre rôle dans le monde d’aujourd’hui, en tant qu’individu et société ». Comme ingrédients pour pimenter ses spectacles, elle se sert de l’humour, du bizarre, du surréel. Une tambouille très personnelle aux saveurs surprenantes, teintées de folklore et ramenées des nombreux pays où elle a vécu.

À 30 ans, elle vit « comme une tzigane » avec son mari qu’elle a connu en Sibérie et ses deux petits enfants qui ont déjà bien exploré la planète. C’est à Londres que l’artiste s’est formée à la danse classique et contemporaine (Laban, Royal Academy of Dance, London Contemporary Dance School/EDge) avant de travailler pour des compagnies en Angleterre, Russie, Liban, Allemagne, et Luxembourg. En 2014, elle a créé au Luxembourg « Their Past », une pièce qui fait dialoguer la danse contemporaine et le folklore. Puis il y a eu « Impressing the Grand Duke » en 2016, dans laquelle elle s’affirme comme artiste « émergente ». Avant la consécration de Bal en 2017. The Passion of Andrea 2, spectacle né lors de sa participation au TalentLAB au Grand Théâtre de Luxembourg en 2016, s’annonce pour cet automne.
Simone Mousset est pédagogue de danse qualifiée et se dit curieuse de réfléchir à une manière de faire découvrir la danse contemporaine au public de manière « sympa et amusante ». Comment ? Elle cogite encore… laissons-nous donc surprendre !
Son association avec le Théâtre d’Esch va lui donner l’occasion de passer un peu plus de temps au Luxembourg, même si cela ne l’empêchera pas de continuer à sillonner le monde. Entre autres, elle contribue au programme culturel du pavillon luxembourgeois à l’Exposition universelle de Dubaï en 2020.

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